Ex nihilo lux, 1er album de Deceates

Un album de black metal mélodique, post-apocalyptique qui mérite amplement d’être mis en lumière.

Deceates
Deceates, groupe niçois, formé en 2019, avec Stéphanie au chant, Cyril à la guitare lead et aux chœurs, Christophe à la guitare, de Christian à la basse et de Franck à la batterie, a autoproduit son 1er album : Ex Nihilo Lux. Christophe a assuré le mixage et le mastering. 

Ex Nihilo Lux, que l’on peut traduire du latin par : « Du Néant, la Lumière », s’ouvre sur Et Lux in Tenebris Lucet, « La lumière brille dans les ténèbres ». Ce début d’expression est présent dans l’évangile de Jean (5ème verset du chapitre 1), et place la lumière en tant que source de toute création. Dans ce titre, nulle musique. Seulement des voix ! Une polyphonie sacrée, entrecoupée par le grésillement d’un vieux disque rayé. Puis des paroles viennent se superposer, énoncées tels des discours par des hommes que l’on imagine être des prédicateurs. De la colère jaillit. 3 tirs d’arme à feu concluront cet opus. L’obscurité symbolisée par la violence aurait-elle annihilé la lumière, en la réduisant à néant ? 

Armageddon, qui désigne dans la bible le lieu du combat ultime entre le Bien et le Mal lors de la fin du monde, est une exhortation à choisir son camp et à se rebeller contre l’Ancien Monde, insufflée par une puissante orchestration et le growl impressionnant de Stéphanie. Un très beau solo de guitare s’intercale à 3’39. Un final explosif parachève ce titre mordant et lourd en menaces : « We came in hell, To face the death".

Gone Away est sculpté à la faux de cet exécuteur : « I am The Executioner », qui taillade dans le vif les accords, assénés comme des couperets, et sur lequel les blast-beats mitraillent, implacables, à l’image de cet inflexible bourreau. 

Après cette apocalypse vient Ezekiel 1:26 (Ancien Testament – Les Prophètes). Dans le 1er chapitre du livre d’Ezéchiel, il est question de la vision du chariot de Dieu. 52’’ qui s’inscrivent comme une transition dans l’album. Une cloche sonne le glas à 4 reprises en guise de conclusion tandis que retentit une sirène. S'agit-il réellement de l’arrivée promise de Dieu ou de la désolation du néant ?

Les guitares aiguisées s’enflamment sur Time avec de remarquables montées en puissance. Le growl de Stéphanie secondé par le chant de Cyril sur le refrain ajoutent à la beauté tragique du titre. À 2’42, les solos de guitare viennent illuminer cet opus crépusculaire, insufflant l'ardeur indispensable pour ne pas renoncer et sombrer définitivement : « To not fall into the depth, Face the darkness, Face the death ». 

Rage exprime, avec force, l’énergie capable de nous habiter lorsque la fureur devient intenable. L’instrumentation nous injecte une haute dose de son metal noir, nous arrachant à notre réalité pour nous communiquer sa fièvre. À 2’53, une envolée très mélodique à la guitare apporte une touche épique à ce titre.  

Une nouvelle transition Ecce Venit Cum Nubibus (Apocalypsis 1:7 de Jean : « Il vient avec les nuages ») propose un éventail de sons qui s’achève par deux tintements de cloche. La révélation aura-t-elle lieu ?

À mon goût, Through the Hate est le meilleur titre de l’album du fait de sa construction plus complexe et savamment combinée. Avec ses breaks, ses reprises frénétiques, il est parcouru d’excellentes lignes des guitares et de la rythmique, et d’un trio vocal efficace et bien harmonisé (le growl de Stéphanie toujours aussi incroyable de puissance et 2 chœurs). Un vibrant appel à prendre en main son destin. 

Un démarrage en douceur pour Realize, suivi d’une composition percutante pour ce final définitivement violent et sombre. Cependant, « Now I realise, There is no longer hope in here. When I read through the lies, I see that everything is clear. », alors que la vérité émerge au-delà des mensonges, la lumière pourra-t-elle renaître ?

L’album est présenté à l’intérieur d’un digipack de qualité, avec une belle illustration en couverture, en parfaite adéquation avec le thème de Ex Nihilo Lux. Tout a été soigneusement pensé et bénéficie d'une mise en œuvre artistique très professionnelle. 
Un album death/black metal mélodique, avec pour trame un univers post-apocalyptique, sculpté à même les ténèbres, sur fond de mysticisme. Ex Nihilo Lux ou faudra-t-il que nous retournions au néant pour revenir à la lumière ? Les concernant, ils ont créé, non pas à partir de rien, mais bien avec ce qu’ils sont et ont offert en partage, pour réussir cet album qui mérite amplement d’être mis en lumière. 


Tracklist :

1. Et lux in tenebris lucet
2. Armaeddon
3. Gone Away
4. Ezekiel 1 :26
5. Time
6. Rage
7. Ecce venit cum nubibus
8. Through the Hate
9. Realize



Article de Nathalie Bellesso

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